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MOTION DE LA FCPE93, 58ème congrès, Écouter les enfants pas seulement les entendre

Réunie en congrès, la Fédération des Conseils de Parents d’élèves de Seine-Saint-Denis, dénonce l’absence de reconnaissance du droit d’expression de l’enfant au sein de l’école et plus généralement de notre société. Elle fait le triste constat que ce droit, pourtant garanti par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, est battu en brèche quotidiennement.

Illégitime dans les établissements du 1er degré, rarement reconnue dans le second degré en dépit d’instances représentatives, cette parole est encore trop souvent méprisée ou combattue si vécue comme une menace pour l’institution. Les affaires de racisme révélées dans des établissements de Bondy ou de Stains ont montré combien les témoignages des élèves pouvaient être minimisés, relativisés ou renvoyés à de simples « ressentis », retardant la reconnaissance des faits et les réponses qui s’imposaient. De la même manière, dans les situations de violences sexistes et sexuelles, la parole des enfants demeure trop souvent accueillie avec suspicion, alors qu’elle doit être protégée, recueillie avec sérieux et faire l’objet d’investigations impartiales.

Cette remise en cause ne concerne pas seulement l’expression individuelle. Elle touche également la parole collective des jeunes. Lorsque des lycéens s’organisent, manifestent pour défendre leurs droits, dénoncer des violences ou contester des choix gouvernementaux en termes de politiques éducatives qui les concernent directement, leur engagement est fréquemment disqualifié. On les dit « instrumentalisés », incapables de penser par eux-mêmes. Pire, certains sont convoqués en conseil de discipline ou menacés de sanctions pour avoir exercé leur liberté d’expression ou participé à des mobilisations pacifiques.

Dans le même temps, les politiques éducatives ouvrent toujours davantage les portes de l’école aux intérêts économiques et aux institutions militaires. La multiplication des stages, comme ceux de seconde, sans vertu pédagogique, le développement des Périodes de formation en milieu professionnel (PFMP) au détriment de l’enseignement général dans le pro, l’alternance souvent sans vrai lendemain atteste de la volonté du gouvernement de magnifier d’abord l’entreprise plutôt que l’acquisition des outils du raisonnement durable. L’explosion des classes de défense, la mise en place du service national volontaire et son articulation avec Parcoursup et bientôt l’enseignement à la défense dès la sixième, exposent, de plus en plus jeunes, les élèves à un contexte belliciste.

Pour la FCPE93, l’école n’a vocation ni à fabriquer des travailleurs ni à préparer des soldats obéissants. Sa mission est de former des citoyens libres, éclairés, capables d’esprit critique et de participation à la vie démocratique. Elle exige :

➢ Le respect effectif du droit d’expression individuel et collectif des élèves dans tous les établissements en application de l’article 13 de la Convention relative aux droits de l’enfant.

➢ La prise en compte systématique et légitime de la parole des enfants, de leur protection dans les faits de racisme, de discriminations, de violences sexistes.

➢ Qu’aucun élève ne fasse l’objet de sanctions disciplinaires pour avoir participé à une mobilisation pacifique ou exercé ses libertés fondamentales.

➢ Le renforcement de la place des élèves dans les instances démocratiques des établissements et ce dès l’élémentaire dans des formats adaptés à leur âge.

➢ Une participation directe des élèves à la conception du règlement intérieur de

l’établissement où il passe la majorité de leur temps d’éveil.

➢ Que l’école reste un espace d’émancipation, de construction de l’esprit critique et d’éducation à la démocratie, préservé des logiques de recrutement, qu’elles soient économiques ou militaires.

Parents, nous nous devons également d’accompagner nos enfants, citoyens en devenir, sur la voie de l’émancipation démocratique, et c’est pour cela que notre fédération prend l’engagement solennel, ce jour, d’engager un dialogue avec l’ensemble des organisations représentatives lycéennes.

Dans son article 13, la Convention relative aux droits de l’enfant rappelle que :

1. L’enfant a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l’enfant.

2. L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires. Le chemin est clair, il ne suffit pas d’entendre nos enfants, il convient d’ouvrir le dialogue avec eux et au sein de la communauté éducative.

Drancy, le 27 juin 2026.