Dans cette nouvelle note du conseil scientifique de la FCPE, André Tricot, professeur en psychologie, chercheur au CNRS, pose la question de l’apport du numérique aux apprentissages, hors de l’école, et bouscule, ce faisant, un certain nombre d’idées reçues.

Tout d’abord, on ne lit pas moins qu’avant. Bien au contraire, le temps moyen de lecture quotidienne a largement augmenté depuis 40 ans, même si nous ne lisons plus la même chose. Chez les jeunes, le temps de lecture numérique est essentiellement consacré à Twitter, Facebook, Google et Wikipédia. Pour autant, la lecture quotidienne de ces supports numériques n’apporte en soi aucune compétence dans l’évaluation de la fiabilité des informations rencontrées.

Le temps passé par les jeunes à jouer aux jeux vidéo a également conduit de nombreux chercheurs à se demander quels apprentissages pouvaient être mis en œuvre par ce biais. Pour autant, les études ont montré que jouer à un jeu permet uniquement d’apprendre à jouer à ce jeu, et qu’il n’y a pas de transfert de connaissances vers d’autres domaines. Le développement de certaines compétences cognitives a pu être observé chez les jeunes joueurs (par exemple des compétences en rotation mentale pour les joueurs de Tetris), mais il est encore difficile de dire quel intérêt ceci peut représenter pour la scolarité.

L’auteur revient également sur le mythe des générations : non, les jeunes ne sont pas des « natifs du numérique », ils ne connaissent que les outils qu’ils ont l’habitude de pratiquer. Il en va de même à tout âge : même âgées, les personnes qui utilisent régulièrement un outil deviennent compétentes dans cette utilisation.

Enfants et adolescents, selon leur âge, leur sexe, leur origine sociale, n’ont pas tous le même usage des outils numériques. Et si l’usage des outils numériques perturbe leur sommeil, le premier perturbateur du sommeil des collégiens… c’est le collège lui-même, comme le souligne malicieusement l’auteur.

Finalement, l’apport du numérique aux apprentissages, s’il a suscité beaucoup d’espoirs et de spéculations, reste à nuancer. Le numérique n’est pas en soi un dispositif pédagogique. En réalité, et c’est ce qui sous-tend l’ensemble de la démonstration de l’auteur, le véritable enjeu dans l’usage des outils numériques reste l’apprentissage chez les jeunes d’un véritable rapport critique à l’information.

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